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Entretien avec Annie Di Gioia, Psychomotricienne


Annie Di Gioia travaille pour la mairie de Villiers le Bel. Elle intervient sur deux crèches familiales auprès des assistantes maternelle et des parents, sur une Halte –jeu et sur trois lieux d’accueil « enfants-parents » destinés à rompre l’isolement des familles.

A quelle occasion avez-vous découvert le travail d’ACTA ?

J’ai d’abord rencontré Agnès Desfosses à l’occasion de ses premières visites à la Halte-Jeu. Avant d’avoir vu ses spectacles, j’ai été séduite par sa personnalité, son charisme. Elle fait preuve d’un respect exceptionnel à l’égard de toutes les personnes qu’elle croise. La manière dont elle parlait de ses spectacles m’a alors beaucoup plu et m’a donné envie de suivre. Cela changeait de ce qu’on avait l’habitude d’entendre. Un peu plus tard, j’ai découvert « Ah ! vos rondeurs… ». Rien à voir avec les spectacles qu’on nous propose trop souvent et qui sous prétexte qu’ils s’adressent aux petits jouent systématiquement sur les formes d’un mimétisme niais. Les acteurs imitent les enfants, ce qui sonne faux. Avec le travail d’ACTA, c’est essentiellement le travail sur l’émotion qui compte. Je me suis d’abord sentie profondément touchée, en tant qu’adulte. « Ah ! vos rondeurs… » évoque de manière subtile la naissance, le cheminement de l’enfant et la séparation. J’étais jeune maman quand j’ai vu le spectacle. Il m’a bouleversée. Agnès a le don de faire appel à notre vécu en effleurant les choses. Elle vise juste tout en nous permettant de rêver car la beauté des images, des mouvements, du son libèrent notre imaginaire.

Et les enfants, comment les voyez-vous réagir ?

Avec tout un groupe d’enfant, nous avons vu « Mira ! », la dernière création de la compagnie. Peu après, un petit garçon a repris tout le spectacle avec ses mots à lui, exprimant tout ce qu’il avait vu dans ce monde de reflets… C’est très intéressant de constater à quel point les enfants font d’emblée corps avec l’univers qui leur est proposé car il met en branle leur imaginaire. C’est vraiment là où je crois que la compagnie est très en avance. Elle offre à chacun une liberté très réelle, permet à chacun de suivre son propre cheminement émotionnel, mental, à commencer par les enfants alors qu’on n’est pas forcément dans une société qui est prête à laisser parler l’imaginaire des enfants. Ces spectacles permettent également d’éveiller une curiosité, d’être plus actif, et j’ai aussi la sensation que tout ce travail participe peut-être à rendre l’enfant véritablement acteur de ses choix. Je dis toujours qu’ ACTA, c’est un havre de « bien-traitance ».

En quoi consiste aujourd’hui le compagnonnage avec Acta ?

J’ai surtout l’impression de servir de lien , d’offrir cette possibilité de rencontres entre la compagnie et les familles ou les assistantes maternelles. Cela n’a pas été évident au début. L’équipe n’était pas celle d’aujourd’hui et le travail d’ACTA était violemment rejeté par des professionnels qui n’admettaient pas qu’on bouscule leurs habitudes. L’esprit dans lequel Agnès crée suppose qu’on abandonne la position de celui qui « sait », qui est simplement là pour cadrer l’enfant. Le cheminement que j’ai suivi, lié à ma propre formation qui intègre une observation approfondie du tout-petit, m’a permis de sentir ce que la rencontre avec ACTA pouvait nous apporter. Je vois ce compagnonnage comme une possibilité d’ouverture qui permet aussi d’interroger nos pratiques. C’est très enrichissant.

Puisque vous êtes le premier lien avec les parents, comment voyez vous qu’ils accueillent le travail de la compagnie ?

ACTA mène de nombreuses actions de sensibilisation en amont des spectacles, comme les séances d’ateliers sur l’imaginaire ouverts aux parents. C’est aussi ce qui fait la richesse de la compagnie car ces ateliers génèrent du désir, de l’intérêt. Les mamans en particulier sont devenues très demandeuses, curieuses des spectacles qui doivent être présentés, souvent pour elles-mêmes. Les gens sont très attachées aux personnes, et les liens vivants crées par la compagnie dans la ville comptent énormément. Au point que souvent, nous sollicitons la compagnie pour qu’elle intervienne sur des actions que nous avons lancées et qui ne relèvent pas de son initiative.

Qu’est-ce que vous attendez de ces « premières rencontres européennes » ?

Ce sera d’abord l’occasion pour moi de découvrir de nombreux spectacles et j’espère que j’aurais le temps d’en voir un maximum. C’est vrai que le travail mené par ACTA nous a mis en appétit…Quant aux tables rondes, elles vont nourrir des échanges multiples entre des personnes qui exercent des métiers très variés…. Tout cela devrait être à l’image d’ACTA ! Vous voyez, j’ai du mal à tempérer mon enthousiasme…

Propos recueillis par Céline Viel