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Pupila de agua

 

La casa incierta (Espagne)

Théâtre - De 6 mois à 3 ans
Direction et dramaturgie : Carlos Laredo
Interprètes: Clarice Cardell et Fernanda Cabral
Composition musicale : Eugenia Nozal
Costumes : Val Barreto
Lumière : Carlos Laredo
Scénographie : César Omar, Toldos Moñita et Real Fábrica de Vidrio de la Granja
Préparation des actrices : Irina Kollberskaya
Distribution : Javier Gambero

Production : La casa Incierta

Ils sont étonnamment sages. Massés devant la porte, en attendant de pénétrer dans la salle de spectacle, leurs grands yeux scrutent l’obscurité. Spontanément, ils se regroupent devant la tente blanche qui brille dans le noir. Les deux comédiennes, assises dans ce cocon de lumière, sourient. Comme des grands, les enfants prennent place sur les galettes colorées. Un seul crie de toutes ses forces, pour exorciser l’obscurité. Les autres sont déjà captés par l’étrangeté de l’instant.

Etrangeté ? Pour nous adultes, sans doute. Etranges, ces deux comédiennes toutes vêtues de blanc. Etrange, la musique de leurs mots ensoleillés. (Nous ne comprenons pas le portugais ? Qu’importe. Les petits ont l’air de comprendre). Etranges, leurs jeux poétiques avec une pelote de laine, qui devient cordon et que l’on coupe, une bulle de verre tour à tour instrument de musique, écrin pour recueillir l’eau précieuse, ou sein maternel. Etranges, leurs danses qui amènent la pluie. Leurs mouvements vont de la lenteur du kabuki à la vivacité des jeux d’enfants.

Me reviennent en mémoire les paroles de Carlos Laredo, le metteur en scène, évoquant un souvenir personnel. Ses yeux rieurs revoient la scène quand il parle de ce bébé, entièrement absorbé par une tâche gigantesque : atteindre une poignée, ouvrir une porte. « Il est tout entier dans ce qu’il fait. Plus rien n’existe à part son projet, et il s’y emploie de toutes ses forces. Il est tout près du but quand son échafaudage s’écroule. Sur son visage, j’ai vu la détresse la plus absolue. Les bébés sont tout le temps confrontés à de nouveaux défis, à des obstacles, des impossibilités ». (Je raconte de mémoire deux ans après, ce n’est pas du mot à mot, mais le sens y est).

En observant cet enfant, puis d’autres enfants, il a voulu créer un spectacle qui leur parle à ce moment précis de leur vie. Pupila de Agua s’adresse à leur être tout entier. Parti d’une trame narrative, le spectacle met en image les émotions d’une petite fille, seule, angoissée, qui cherche à s’exprimer. Son chemin vers l’extérieur de ses limites la conduit à la découverte des larmes, perles d’eau qui la libèrent. Le texte est devenu poème, puis geste avec la langue des signes. Du geste est née la danse, puis la musique, et enfin le théâtre. Avec leurs cinq sens, les comédiennes communient avec les sens des jeunes spectateurs. Sensoriel, sensuel, leur langage est celui de l’émotion, de la beauté du geste et de l’image… jusqu’à la surprise finale, que je ne dévoilerai pas.

Pendant le spectacle, sans raison apparente, un enfant se met à pleurer, un autre à rire. Sans raison pour nos yeux d’adultes, d’intellectuels perdus à la recherche du Sens. Sans raison pour notre étiquette de spectateurs polis et silencieux.
Pour ces petits qui pleurent et qui rient, il y a certainement une bonne raison.

Léa SOUCCAR-LECOURVOISIER, www.theatre-enfants.com