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Interview de Françoise Rouat, directrice des affaires culturelles de Villiers-le-Bel, et d’Alexis Penot, responsable du jeune public au Service culturel de Villiers-le-Bel.

En tant que directrice des affaires culturelles de Villiers-le-Bel, en quoi consiste votre travail, en quoi se rattache-t-il au domaine de la petite enfance ?

Françoise Rouat : Ma mission principale est de mettre en place un projet culturel sur la ville avec les directives de l’ensemble des élus. Je suis amenée à faire des propositions autour de projets. Nous avons un gros travail autour de la diffusion culturelle qui va de la petite enfance à l’adulte, et un travail assez important autour de l’action culturelle sur la ville. La principale directive des élus consiste à permettre un accès à la culture pour tous, pour tous les publics. A l’initiative de la compagnie Acta, on a donc travaillé sur ce projet autour de la petite enfance. Avant la première édition des Premières Rencontres, le service culturel ne proposait pas de travail sur la toute petite enfance.

Donc l’impulsion vers ce type de public, si je comprends bien, est vraiment née de la compagnie Acta.

Je pense qu’Agnès Desfosses a vraiment joué un rôle clef. La compagnie Acta réside à Villiers-le-Bel depuis des années, où elle a développé plusieurs partenariats. Elle a axé à un moment donné son travail vers une réflexion sur la petite enfance… jusqu’à la proposition de ce projet, en 2003 : un festival associé à la mise en place d’une formation qui associait professionnels de la petite enfance et professionnels de la culture.

Pourquoi vous êtes vous engagée dans ce festival ?

Etant donné que la compagnie Acta est en résidence sous convention à Villiers-le-Bel, quand elle propose un projet, nous sommes les premières oreilles à écouter, les premiers cerveaux à réfléchir avec elle pour favoriser sa réalisation. On le fait d’ailleurs quand elle travaille sur des créations. Nous sommes ses premiers partenaires. Le fait qu’elle soit en résidence à Villiers-le-Bel enclenche déjà un travail régulier avec la Ville.

C’était important pour la Ville de lancer un projet spécifiquement axé sur la petite enfance ?

Je pense que Villiers-le-Bel est une ville qui a peu de moyens. Donc, parmi leurs directives de projets, ce n’est pas forcément le premier projet que les élus proposent de développer...

Le projet des Rencontres a eu une incidence sur les choix de la Ville en direction de la culture et de la petite enfance ?

Effectivement, je crois que l’influence du travail d’Acta a fait réfléchir les différents acteurs de la ville sur la toute petite enfance. Le projet de rencontre a poussé les élus à réfléchir sur leur approche culturelle en direction de la petite enfance.

Comment s’est opérée la synergie entre la culture et les affaires sociales durant ces années ?

Nous avons un contact assez régulier avec le service petite enfance. Par exemple, quand le mois de décembre approche, il arrive qu’une crèche nous appelle, pour savoir s’il n’y aurait pas un spectacle de qualité à aller voir, afin qu’ils puissent le programmer ensuite. Nous sommes donc devenus un lieu d’informations et de renseignements pour ces structures. : c’est un des liens qui s’est tissé en partie grâce aussi aux Premières Rencontres. Par ailleurs, Villiers-le-Bel est une ville dans laquelle les partenariats se créent assez facilement, au-delà de son rapport avec la culture et la petite enfance – lequel s’enrichit et se fortifie au fur et à mesure des années. Ayant eu l’expérience de travailler dans d’autres communes, j’ai pu constater que des liens particulièrement forts et riches se créent assez facilement entre les structures et les services sur cette ville.

Et justement quel a été l’apport principal de ce partenariat pour votre service ?

Je pense que cela a surtout permis de développer des relations avec d’un public que l’on rencontrait peu jusqu’à présent. Cela nous a ouvert une porte, de nous intéresser à la création pour la toute petite enfance, et à son public. Cela a enrichi aussi des collaborations entre les services de la petite enfance et de la culture. Mais comme le disait le maire de Villiers-le-Bel (voir à ce sujet notre compte-rendu de la conférence du vendredi matin), il reste à mener une réflexion autour des enfants qui ne sont pas inclus dans des structures de type crèches. C’est-à-dire comment on réussit aussi à travailler avec les familles dont l’enfant est gardé à la maison avant sa scolarisation. Donc de nouvelles et nombreuses questions viennent d’être posées sur lesquelles nous allons travailler et réfléchir.

La deuxième édition a marqué, semble-t-il, un élargissement des partenariats.

Alexis Penot : Oui, effectivement, et notamment, justement, avec des assistantes maternelles qui ne sont pas rattachées à une structure. Il faut préciser qu’il y a deux statuts pour ces assistantes maternelles : certaines sont employées par la ville, mais d’autres le sont directement par les familles. C’est un public qu’on peut toucher aussi à travers le projet des Premières Rencontres. Il existe des structures qui s’appellent les « relais assistantes maternelles » et qui leur sont entièrement dédiées. Naturellement pour les autres assistantes maternelles qui sont embauchées par la Ville, le travail est un peu plus facilité car elles sont rattachées à des structures. La collaboration s’est vraiment enrichie cette année avec les responsables du service petite enfance.

Françoise Rouat : Il faut du temps pour que les liens, les collaborations se développent.

Alexis Penot : Nous nous connaissons tous mieux. Ce qui est primordial. Cela fait partie intégrante du projet d’Agnès Desfosses, d’associer les personnels de la culture et de la petite enfance dans l’année off, qui ne comporte pas de festival. Cela favorise la connaissance, les rapprochements et, après, chaque ville est amenée à épanouir ses partenariats sur la saison.

Cette synergie n’existait pas réellement avant la première biennale de 2004 ?

Beaucoup de collectivités locales travaillent de manière un peu cloisonnée. C’est une réalité qui dépasse largement celle de Villiers-le-Bel. A un moment donné le constat, c’était de dire : « on pourrait travailler en direction d’un même public mais avec des regards différents. Comment faire pour travailler ensemble ? ». Je pense qu’il y avait une vraie demande là-dessus, une vraie carence aussi.

Françoise Rouat : Lors de la création « A vos rondeurs », Agnès Desfosses avait travaillé avec des crèches. On a donc la chance d’avoir en résidence une compagnie comme celle d’Agnès Desfosses puisqu’elle est en recherche perpétuelle de public et qu’indépendamment du service culturel, elle arrive parfois à créer seule sur la ville ses propres partenaires. On a réellement affaire à une compagnie qui se pose toujours la question du public et du moyen d’ouvrir des portes.

Propos recueillis par Loïc Besnard