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Interview de Marina Manferrari


Depuis vingt ans, Marina Manferrari coordonne à Bologne des cycles de formation spécialement destinés aux éducatrices des crèches de la ville. Dans ce qu’elle nomme les « laboratoires », le personnel de la Petite enfance découvre, à travers des ateliers de pratique artistique, d’autres langages pour mieux communiquer avec les tout-petits.


Comment l’idée de cette formation vous est-elle venue ?

Marina Manferrari : Au départ la recherche a commencé autour des spectacles pour les enfants de moins de trois ans, qui n’existaient presque pas à l’époque. Comme c’était un terrain vierge, encore à défricher, nous avons pensé qu’il était intéressant, dès le début, d’associer cette recherche sur les spectacles pour la Petite enfance, à la formation des éducatrices des crèches. Le tout dans une logique d’échange, puisque les éducatrices pouvaient apporter des informations et des éléments de réponses aux artistes dans leurs créations. Et en retour, les éducatrices pouvaient essayer d’expérimenter sur elles-mêmes ces recherches, afin de mieux appréhender les spectacles qui en résultaient. A l’époque, j’étais moi-même éducatrice dans une crèche, j’ai vraiment vécu cette initiation. Au début, c’était une expérience difficile, de s’ouvrir aux autres et de se laisser aller. Mais cela a porté ses fruits ensuite, dans la relation avec les enfants.

Y a t-il eu une évolution depuis 1987, date à laquelle toute l’aventure a commencé ?

MF : Oui, parce qu’au départ il s’agissait d’une formation circonscrite. Elle n’avait pas pour but d’amener les éducatrices à créer quoi que ce soit. Il arrivait parfois qu’elles réalisent à la fin du cycle une performance artistique, mais ce n’était pas une finalité en soi. Alors qu’aujourd’hui on distingue deux niveaux de formation : le premier, composé d’éducatrices qui commencent juste ces laboratoires ; et le second niveau, au cours duquel les participantes conçoivent et proposent des ateliers pour enfants, qu’elles animeront ensuite au sein des crèches.

Dans ces laboratoires, qu’est-ce qui est, selon vous, le plus important d’apprendre ?

MF : Le point central, c’est d’améliorer la relation avec les enfants. Nous, adultes, avons tendance à privilégier le langage verbal, parce qu’il est plus évident pour nous. Mais ce n’est pas forcément le cas pour eux. Il s’agit donc de retrouver, lors de ces séances, la capacité expressive de notre corps, afin de mieux communiquer avec les enfants, mais aussi de décoder les messages qu’ils nous envoient. La plupart du temps, ces messages ne sont pas verbaux, mais cachés, cryptés : ils passent par d’autres voies… comme la voix, le ton, l’attitude. Pour nous, adultes, le corps est devenu quelque chose de mécanique : on a oublié qu’il sert aussi à exprimer des sentiments. Redécouvrir cette dimension, c’est se rapprocher des enfants – tout en gardant notre rôle de professionnels de la Petite Enfance. Une des autres choses qu’un tel projet peut enseigner, c’est l’abandon de certaines idées reçues. On dit souvent, par exemple, que le temps d’attention des tout-petits est très volatile. On s’aperçoit pourtant qu’on peut capter leur attention, à condition de leur proposer des spectacles adaptés. Ils peuvent même être intéressés par des thématiques très diverses, à cent lieues de ce qu’on préjuge d’eux.

Propos recueillis par Orianne Charpentier