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Unter dem Tisch -

Toihaus Teater (Autriche)

de 2 ans à 4 ans/ Théâtre
Conception et mise en scène : Agnès Desfosses
Texte : Yves Nilly
Musique : Herbert Pascher
Interprétation (en alternance) :
Violon : Silvia Schweinberger ou Rudi Hollinetz,
Violoncelle : Herbert Pascher,
Jeu : Thomas Beck et Dorit Ehlers

Production : Toihaus Theater am Mirabellplatz de Salzburg (Autriche ) et le soutien de l’«Austrian Cultural Forum » de Paris


Assis sur des coussins, petits et grands observent les gais moussaillons Thomas et Dorit en plein séance de maquillage. Des vagues bleues, des vagues blanches, autour des yeux, sur les joues et le bout du nez? Oui, car il faut se préparer au voyage, chuchotent les matelots. Le bateau est là, prêt à appareiller, et dans ce spectacle interactif, nous sommes tous invités à prendre le large. Alors, qui veut une vaguelette sur la main, un passeport pour l’évasion et le rêve?

Une fois montés à bord, l’excitation s’empare de l’équipage en partance ; les voiles – une ribambelle de mouchoirs fait très bien l’affaire - sont hissées au rythme trépidant d’un violon et d’un violoncelle ; les matelots courent le long des coursives, trépignent d’impatience, moulinent des bras, s’affairent et s’interpellent, en allemand comme en français, désignent un capitaine parmi les marins d’eau douce, règlent les derniers détails, prennent le sens du vent; et larguez les amarres! Nous voici tous ensemble lancés à l’abordage de notre imagination. Au menu : épopées marines, créatures fabuleuses et mondes engloutis.
Thomas et Dorit troquent leur uniformes de mousse pour les nageoires scintillantes de sirènes et s’enfouissent sous une « cabane » aquatique (une bâche translucide tendue sur un canevas), sorte d’aquarium qui figure à merveille la mer, son épaisseur fluide et protectrice, ses résonances symboliques aussi. Sous nos yeux, si proches et pourtant si lointains, ils batifolent, s’ébrouent, virevoltent, heureux comme des poissons dans l’eau, animaux marins malicieux, pleins de sourires pour les enfants. De temps à autre, ils sortent leur nez hors de l’eau, jouent à sa surface avec des coquillages, partagent des friandises avec le public, qui est bientôt invité à plonger lui aussi sous le clapotis des vagues.

Le dispositif d’Unter dem Tisch n’est pas des plus sophistiqués, les effets sont en apparence rudimentaires, et pourtant la magie tourne à plein régime. Cela tient pour beaucoup à la générosité et à la délicatesse des deux comédiens-acrobates, qui du début à la fin se dépensent sans compter pour apprivoiser les enfants les plus farouches. Cela tient aussi à la délicate progression du spectacle, qui permet aux plus jeunes de pénétrer sans peur sous l’eau, « sous la table », dans cet espace ambigu, clos mais translucide, qui les attire et les effraie tout à la fois. Cela tient, enfin, à l’impression de partir « ensemble », enfants, parents et comédiens unis dans un même équipage, pour un voyage convivial qui efface les limites du réel et de l’imaginaire, et laisse des étoiles (de mer) pleins les yeux.

Jason Germain